L’ILE D’HOEDIC : DU PRIVE AU PUBLIC, C’EST POSSIBLE !

dimanche 9 septembre 2018
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L’ILE D’HOEDIC : DU PRIVE AU PUBLIC, C’EST POSSIBLE !

Le slogan du SUNDEP Solidaires deviendrait-il une réalité ? Privé, Public : même statut, même travail ? Pas vraiment dans le cas de la petite île d’Hoëdic qui habite une petite communauté de quelques cent habitant.es.
Délaissé.e par l’Enseignement Catholique, privé sous contrat, qui s’est longtemps prévalu d’une présence sans faille partout où il y avait une carence d’écoles sur le territoire breton, les ilien.nes n’ont pas baissé les bras et c’est l’Enseignement publique qui a pris le relais de cette lacune.
Les temps changent….à quand la passerelle privé-public pour les enseignant.es ? Et si la Bretagne se montrait novatrice en la matière ?

Les faits….
Il y a quelques mois, l’enseignement catholique a décidé de se dessaisir de la gestion de la petite école primaire de l’île d’Hoëdic, au large de Quiberon. C’est le public qui a repris le flambeau avec, cette année, six enfants scolarisés de la grande section maternelle au CM2, contre deux en 2017. Sur la petite île morbihannaise de 110 habitants, on respire.
Jean-Luc Chiffoleau est un maire heureux. Cet élu, qui a pris ses fonctions il y a quatre ans et demi, a bien failli assister à la fermeture définitive de l’école de son île. « Les bâtiments appartiennent à la commune, mais l’école était gérée depuis de longues années par l’enseignement catholique. L’an dernier, il ne restait plus que deux élèves, explique l’élu. Le privé ne voulait plus prendre en charge les émoluments de l’enseignant pour si peu d’enfants ».
La direction diocésaine de l’enseignement catholique (DDEC) ne s’est pas désengagée brutalement. Avant de rendre les clés, elle s’est assurée que l’Éducation nationale prendrait le relais. « Les choses se sont passées en douceur, poursuit le maire. J’ai été averti une fois que le plan de reprise était bien ficelé ».

« C’était la mort annoncée de l’île »
La fermeture de l’école aurait été un signe on ne peut plus négatif pour la communauté insulaire et les personnes de l’extérieur. « Plus aucune famille n’aurait imaginé s’installer ici. C’était la mort annoncée de l’île », ajoute l’édile. Les élèves auraient été dans l’obligation de fréquenter l’école de l’île d’Houat à une demi-heure de bateau d’Hoëdic. Pas évident, car il aurait fallu employer quelqu’un pour les accompagner.
Autre élément qui a pesé de tout son poids : les signaux démographiques sont passés au vert ces derniers mois. « Une famille de trois enfants s’est installée. Et il y a eu deux naissances sur l’île », annonce le maire. On est loin des années fastes de l’entre-deux-guerres où l’île comptait 400 habitants et deux écoles. Une privée accueillant l’écrasante majorité des enfants et l’école publique qui n’en attirait qu’une poignée.

« Un projet de vie »
Le nombre d’élèves, ça se conçoit, peut mettre en péril l’existence d’un établissement. Le profil des enseignants qui choisissent les îles peut aussi générer de sérieux problèmes. Les derniers qui étaient en poste avaient 25 ans environ et vivaient en célibataires. « Ils arrivaient ici à la fin de l’été, en affichant un grand sourire. C’est méconnaître la vie sur une île. Car l’hiver est très long et particulièrement rude. Neuf mois plus tard, ils s’en repartaient abattus, socialement déstabilisés » commente le maire.
Cette fois-ci, les îliens pensent avoir trouvé la perle rare en la personne de Yannick Moisson, âgé d’une cinquantaine d’années. Cet enseignant a donné des cours pendant 16 ans à l’école du Talhouët, à Hennebont (56). Et surtout, il est passionné par la mer. « Avant de devenir instituteur, j’étais skipper professionnel, métier que j’ai exercé pendant dix ans, explique-t-il. Je connais bien la mer, les îles et l‘isolement ne me fait pas peur. Je sais que l’hiver, je vais faire partie d’une toute petite communauté d’une centaine de personnes. Ça ne me fait pas peur. C’est un nouveau départ pour moi ». L’enthousiasme se lit sur son visage en ce jour de prérentrée. Et puis sa compagne, qui vit sur le continent, devrait faire valoir ses droits à la retraite prochainement. « Son projet est de s’immerger à Hoëdic cet hiver avant de s’y établir définitivement. C’est un vrai projet de vie pour nous ».

« C’est Vintage et coloré »
Yannick Moisson est fier de reprendre le flambeau de l’école publique sur l’île. « Symboliquement, cette mission de service public est très forte. Preuve que l’État peut mettre en œuvre bien des choses pour assurer la continuité territoriale. L’avenir de l’école c’est aussi l’avenir de l’île ». La petite salle de classe lui convient parfaitement. « C’est vintage et coloré, j’adore ! On m’a proposé du nouveau mobilier, j’ai refusé », ajoute en souriant le nouvel enseignant qui profite, à l’étage, d’un logement de fonction au loyer très modique. La cour du petit établissement, au préau aux murs décorés de crabes peints, est ouverte sur l’océan. Pas de mur. On est loin des grilles qui ont poussé ces dernières années autour des écoles et des consignes toujours plus drastiques du plan Vigipirate.
Dans les mois à venir, la municipalité a décidé d’investir plus de 10 000 euros pour l’école. « On va acheter des ordinateurs et des tablettes et aussi un tableau adapté aux nouvelles technologies, précise Jean Luc Chiffoleau. Pour nos gamins, on ne regarde jamais à la dépense ».
Le nouvel instituteur, lui, entend développer les actions d’échanges avec d’autres écoles. « J’ai l’intention d’établir des liens avec l’école primaire d’Houat, mais aussi avec mon ancien établissement. J’ai en projet, aussi, une forme de jumelage avec une école de montagne, une autre forme d’insularité ». Dehors, le soleil brille généreusement. Des gamins jouent sur l’aire de jeu municipale dont profiteront bientôt les élèves de l’école publique. Le Melvan, le bateau qui fait la liaison avec Quiberon embarque ses passagers. L’été touche à sa fin. Place à la rentrée.
Pour en savoir plus :

© Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/bretagne/hoedic-l-ecole-sauvee-de-justesse-03-10-2018-12066769.php#t4IjaME7SUILYP6C.99


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