CHRONIQUES DE LOIC : Chroniques martiennes :), par Loïc K.

vendredi 29 mars 2019
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Chronique de mars
par Loïc K.

Dimanche.
Petite balade en bord de mer avec des ami.e.s.

Je me retrouve à côté de Marjorie, déléguée auxiliaire (donc en CDD) en Physique-Chimie dans l’enseignement privé sous contrat.
- “Au fait, ton concours ?” Je sais que c’est la période. C’est la deuxième fois qu’elle essaye.
- “Les résultats de l’interne sont tombés vendredi dernier, tôt le matin. La barre d’admissibilité était à 11. J’ai eu 10,7. Après j’avais ma journée de boulot et les portes ouvertes. C’était dur d’avoir le sourire.”
- “Merde...et l’externe ?”
- “Alors je peux te dire que l’externe, dans 3 semaines… je suis plus motivée du tout. Je commence à me dire que je vais rester déléguée auxiliaire longtemps...”
Je suis dégoûté. Parce que Marjorie a une thèse en chimie, et elle sait enseigner. Ça se passe très bien avec les élèves, les collègues. La preuve : on la sollicite tout le temps pour les voyages, les portes-ouvertes, les sorties…
- “C’est vraiment injuste. Pour 3 dixièmes qui te manquent, on te dit : tu n’es pas assez compétente pour être titulaire. Par contre, tu nous intéresses pour rester précaire. Ça n’a aucun sens, dans tous les cas tu enseignes devant des élèves…”
- “Bah oui les élèves et les familles ne savent pas que je suis DA. J’y suis depuis le début de l’année”
- “Tu sais, ce qu’il faudrait c’est qu’au bout d’une certaine ancienneté comme délégué auxiliaire on puisse demander une sorte d’inspection. Pas un gros mémoire comme tu viens de faire, suivi d’un oral. Non juste une validation, une simple formalité. Qui te permettrai d’être titularisée.”
- “Certains demandent ça ?”
- “Oui au SUNDEP, c’est ce qu’on défend.”

On continue la ballade. Je pense à celles et ceux qui sont délégués auxiliaires depuis 3, 5, 10 ans. Découragé.e.s de passer le concours, qui n’ont pas le temps et qui restent précaires.
Cette précarité est souvent cachée, tue par celles et ceux qui la vive. En effet, il est difficile d’affirmer ses droits quand on connaît l’établissement d’exercice et les classes quelques jours avant la rentrée, quand on est débordé de travail, quand on change d’environnement en permanence….ou quand on prépare à nouveau le concours.

Dans ses conditions, on mesure la difficulté qu’il y a à se battre contre l’injustice que l’on subit.

Il me semble que la balle est dans le camp des titulaires. Se souvenir de notre propre précarité quand nous étions DA (nous sommes nombreux à l’avoir été), être solidaire de nos collègues (AVS/AESH, enseignant.e.s, personnels OGEC,…) et les faire gagner en sécurité économique par la titularisation, le statut, le CDI.
Comment ? En expliquant leurs droits aux nouveaux collègues, en leur donnant un coup de main, mais aussi par le conflit avec ceux qui sont responsables de cette précarité, en construisant et en diffusant des revendications cohérentes,… les moyens ne manquent pas.


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